André Jaud


 



 

En 2014, après 46 années passées au sein du Mouvement E. Leclerc, André Jaud quitte le Comité stratégique du Mouvement et la présidence du conseil de surveillance du Galec. Il cède également son second et dernier magasin à l’un de ses fils. Ce départ est l’occasion de revenir sur son parcours, un parcours triplement intéressant. Tout d’abord,  A. Jaud est représentatif de cette seconde génération d’adhérents E. Leclerc, arrivés à la fin des années 1960, qui ont commencé avec une supérette ou un petit supermarché et qui se sont progressivement agrandis pour finir leur carrière à la tête de gigantesques hypermarchés.

Mais l’intérêt du parcours d’A. Jaud ne s’arrête pas là car A. Jaud ne s’est pas contenté d’être un simple adhérent. En effet, il a été l’un des bâtisseurs du Mouvement. D’une part, au travers le nombre considérable de ses parrainages, il a favorisé l’expansion géographique du Mouvement. D’autre part, son influence a été primordiale au niveau national, dans les orientations tant logistiques et commerciales, que stratégiques du Mouvement : sa longévité est en effet exceptionnelle à la direction du Galec comme au sein du Comité stratégique.

 

1. Les années de formation (1935-1967)

André Jaud est né le 16 avril 1935  à la Merlatière en Vendée, dans une famille de cultivateurs. Il est l’aîné d’une famille de 5 enfants. Il grandit dans un environnement simple et rural – la maison n’est reliée au réseau électrique qu’au milieu des années 1950 !

Parti effectuer son service militaire en 1956 en Algérie, il en revient blessé à la main droite et saisit cette occasion d’abandonner les travaux des champs et de quitter la ferme. Il s’installe à Nantes où il travaille dans une minoterie, puis pendant 7 ans dans l’imprimerie de Pierre Simoneau. Ce dernier lui apprend notamment à manager des équipes. Simultanément, A. Jaud adhère à la CGT où il s’occupe plus particulièrement de la coopérative d’achat du syndicat. Il découvre avec écœurement que la CGT cherche moins à baisser ses marges pour donner du pouvoir d’achat aux travailleurs que l’accroissement de ses adhérents. En 1962, il fait venir chez P. Simoneau son beau-frère Michel Payraudeau.

En 1964, A. Jaud ouvre une épicerie sous l’enseigne Egé – un groupement de grossistes - dans des locaux achetés sur plan rue Bonne Garde, à Nantes. Le magasin a de bonnes dimensions – 100 m2 - pour apprendre un métier entièrement nouveau. Parallèlement, A. Jaud décide de suivre des cours à la Chambre de commerce et d’industrie afin d’apprendre les rudiments du métier. Il s’aperçoit rapidement que les grossistes d’Egé prennent des marges assez importantes. Or, il est obligé de se fournir en exclusivité chez eux, sous peine de ne pas bénéficier de leurs conditions spéciales. Aussi, quand en 1967, il se prépare à ouvrir un nouveau point de vente plus important, il prospecte et se rapproche du groupe E. Leclerc. 

 

 

 

2. Une adhésion réussie à un Mouvement en crise (1968-1969)

A la fin des années 1960, après les formats épicerie et supérette des années 1950 et 1960, le Mouvement est en pleine conversion au supermarché. Il est aussi en pleine expansion géographique.

C’est dans ce contexte qu’A. Jaud ouvre en janvier 1968 un supermarché de 500 m2 sous l’enseigne E. Leclerc, après avoir vendu son premier magasin. Pour cela, il créée une Société Civile Immobilière (SCI) avec M. Payraudeau et Joseph Fourage, le boucher qu’il a embauché pour prendre en charge le rayon boucherie de sa supérette et avec qui il s’est lié d’amitié (ses deux associés deviendront également adhérents E. Leclerc). Le magasin est situé à Saint Sébastien, en périphérie de Nantes. Rapidement, le magasin attire de nombreux clients et en 1968, A. Jaud réalise le 2ème meilleur chiffre d’affaires de la Scalo, ancêtre de la Scaouest.

Aussi, en octobre 1968, il cède son magasin de Saint Sébastien à un adhérent de la Scalo et relève le défi d’ouvrir un 1200 m2 à Laval. La surface est plus de deux fois le double de son magasin précédent mais, comme A. Jaud applique strictement la philosophie du Mouvement, met à profit ses talents de manager et dispose d'une très grande capacité de travail, cette nouvelle aventure est rapidement une réussite.

Cependant, en 1969, des divergences se font jour entre Édouard Leclerc et Jean-Pierre Le Roch, les deux têtes dirigeantes du Mouvement. J.-P. Le Roch envisage une prise de participation des centrales dans les magasins, évolution à laquelle est fermement opposé É. Leclerc. C’est notamment ce désaccord de fond sur l'architecture du Mouvement qui conduit à la scission : la majorité de la Scalo suit J.-P. Le Roch. André Jaud hésite, rencontre Édouard Leclerc et adhère à sa vision du Mouvement, convaincu qu’il ne faut en rien porter atteinte à la responsabilité des adhérents. Il entraîne notamment avec lui M. Payraudeau et J. Fourage.


L'un des deux magasins de Laval en 1974

 

3. Un adhérent à l’esprit d’entreprise très développé 

En 1972, il entreprend de s’implanter à Flers : l’ouverture de son magasin de 2000 m2 sera fortement controversée et donnera lieu à un documentaire télévisé.

[Pour voir des extraits de l'émission consacrée à l'ouverture du centre de Flers, cliquez ici, ou ]

Ce point de vente sera par la suite cédé à un adhérent du Mouvement. L’année suivante, il ouvre un second magasin à Laval, un hypermarché de 3500 m2.

Il agrandira ensuite ses deux magasins de Laval qui atteindront respectivement, au moment de son départ, 7000 et 8000 m2. Ses deux magasins réalisent les meilleurs chiffres d’affaires  de la Socamaine. Il a aujourd’hui cédé ses magasins à son fils Vincent.

 

4. Recruter de nouveaux adhérents

Aussitôt après la scission, A. Jaud s’attèle, avec les quelques adhérents restés fidèles à É. Leclerc à reconstruire la centrale régionale Atlantique, qui va prendre le nom de Scaouest. Pour cela, il fait appel à son réseau et débauche ses anciens collègues d’Egé, encourage des membres de sa famille à adhérer…

L’expansion géographique du Mouvement est telle que la Scaouest devient trop étroite pour le nombre de ses adhérents. Aussi, en 1976, A. Jaud quitte la Scaouest avec quelques adhérents et crée la Socamaine. Il en occupe la présidence jusqu’en 1994.

Simultanément, il va parrainer de nombreux adhérents, contribuant ainsi à l’expansion du Mouvement : il compte, au moment de son départ en juin 2014, 70 parrainages et une vingtaine de filleuls. Il est considéré comme l’un des artisans principaux du développement du Mouvement dans l’Ouest de la France.

 

Impressionné par les hypermarchés ouverts par Carrefour dans les années 1960, il a, dès 1970, engagé le Mouvement à prendre la route de l’hypermarché, notamment en encourageant les agrandissements. De plus, il a prôné une rupture avec l’apparence simple des premiers centres Leclerc en proposant de nouvelles règles et de nouveaux objectifs : « carrelage, des magasins propres, sans que ce soit onéreux. Il fallait développer les fruits et légumes, la charcuterie, la boulangerie.» explique-t-il lors d’un entretien en 2014.

 

5. Un adhérent écouté, considérablement influent au sein des organes décisionnaires tant logistiques, commerciaux et opérationnels, que stratégiques

 

Au lendemain de la scission, É. Leclerc charge A. Jaud et à François-Paul Bordais, à qui il a confié la gérance de ses magasins de Brest et de Landerneau, de reconstruire et d’animer le Galec. Les deux hommes ont des qualités complémentaires : A. Jaud est réputé pour son pragmatisme et son franc-parler, F.-P. Bordais pour ses qualités diplomatiques. Ils partagent un esprit d’entreprise très développé, une intelligence hors du commun et une capacité à agir et à décider rapidement. Ensemble, ils développent le Galec.

Si A. Jaud est actif dès 1970, il n’intègre le conseil d'administration du Galec que lors de l’assemblée générale du 23 janvier 1978. En octobre 1985, il en devient directeur général.

Le duo A. Jaud / F.-P. Bordais fonctionne bien. Aussi, le décès accidentel de F.-P. Bordais en décembre 1986 est un moment difficile pour le Mouvement. Trois postes de directeur général adjoint sont alors créés. J.-P. Pageau, qui a développé le Mouvement dans l’Est, est l’un d’eux. Il va être le nouveau binôme dirigeant d’A. Jaud. En 1994, le Galec réforme ses statuts et modifie sa gouvernance, qui prend la forme d’un conseil de surveillance - dont A. Jaud prend la tête - avec directoire.

Parallèlement à son implication dans les structures logistiques, opérationnelles et commerciales, A. Jaud joue un rôle important au sein de la gouvernance du Mouvement : il est d’emblée membre de la commission inter-régions, puis de son successeur à partir de décembre 1997, le comité stratégique.

Le Mouvement E. Leclerc lui doit notamment, à la fin des années 1970, la création de l’Opus, un outil qui a permis au Mouvement de mettre en place une véritable politique de prix.

 

Il est aussi l’un de ceux qui ont encouragé le développement à l’international et l’adoption des marques de distributeur (MDD). 

 

CONCLUSION

Doté d’un charisme certain  et d’une autorité acquise grâce au nombre de ses parrainages et à son implication loyale et constante dans le Mouvement, A. Jaud a été l’un des adhérents les plus influents des 40 dernières années au sein du Mouvement.

Il a toujours été en première ligne dans la défense de la philosophie prônée par E. Leclerc, mettant dès 1968 en place la participation des salariés aux bénéfices de l’entreprise et se montrant très attaché au parrainage et à l’esprit de compagnonnage qu’il véhicule. Enfin, marié avec Marie-Ange depuis 1971, il a toujours été convaincu de la nécessité de voir un couple, et non un célibataire, à la tête d’un centre Leclerc.

 

Pour aller plus loin :

- lire le discours d'adieu écrit et prononcé par Michel Buchard, adhérent de Clermont-Ferrand et l'un des filleuls d'A. Jaud lors de l'Assemblée général de l'Acdlec le 23 juin 2014

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