L'approvisionnement des magasins

L’émergence des centrales participatives (1964-1969)

La hausse de la consommation des ménages – constante tout au long des Trente Glorieuses – pousse les commerçants à agrandir les surfaces de leurs magasins et, simultanément, de leurs réserves. Souvent situés en centre-ville, les centres E. Leclerc ne disposent pas de surfaces suffisantes pour stocker leurs marchandises. Aussi, la création des centrales régionales est une réponse à l’agrandissement des surfaces de ventes. Elle s’explique aussi par la recherche de meilleurs tarifs, obtenus en groupant les achats, devenue indispensable dans un contexte plus concurrentiel.

    Sur le plan nation, la création du Galec, la centrale nationale de référencement, en 1962, constitue un embryon d’organisation, mais pour l’heure, son rôle se limite à la répartition des ristournes.

Avant 1962, les centrales régionales sont rares, de nombreux centres s’approvisionnant individuellement, de façon autonome. Les rares centrales qui existent alors fonctionnent toutes sur le modèle de celle créée par Édouard Leclerc dans le Finistère : le centre le plus important de la région rétrocède la marchandise à ses voisins. En 1964, sur l’impulsion de J.-P. Le Roch, les premières centrales participatives , c’est-à-dire gérées par l’ensemble de ses membres, apparaissent.

 

 

A l'origine des centrales d’approvisionnement régionales participatives

    C’est en Île-de-France, région dans laquelle le coût de l'immobilier est particulièrement élevé, que la question du stockage se pose avec le plus de force. En 1964, Jean-Pierre Le Roch, déjà adhérent à Issy-les-Moulineaux, acquiert un second magasin à Vanves qui dispose des réserves les plus grandes de la région (400 m2). Alfred Courseaux, adhérent du seizième arrondissement de Paris qui dispose, lui, d’une très petite surface de stockage, vient régulièrement s’approvisionner à Vanves, avec sa camionnette. Il est très vite imité par d’autres. Simultanément, des adhérents de la région commencent à grouper leurs commandes, chacun prenant en charge un type de produits. Cette solution nouvelle, qui n’est pas exempte de risques – avance des stocks –, pose des problèmes  logistiques, le stockage des pondéreux comme la lessive par exemple.

    Progressivement, la nécessité de constituer une centrale participative afin de mutualiser les risques et d'organiser collectivement le stockage, s’impose. Le second congrès réunissant à Brest, les commerçants E. Leclerc, le 13 avril 1964, transforme cette nécessité en directive générale pour l’ensemble du Mouvement : un appel à la création de centrales d’approvisionnement régionales collectives est lancé. Certes, quatre ans plus tôt (en 1960), le congrès de Landerneau appelait déjà à la création de centrales régionales mais sans préciser la forme qu'elles devaient revêtir : collective, personnelle (prise en charge par le centre le plus dynamique de la région …). Le rôle de J.P. Le Roch a été central dans la création et le déploiement des centrales coopératives.

 

 

Coexistence de deux modèles de centrales (1964-1969)

    La Société centrale d’approvisionnement d’Ile-de-France (Scaf) est constituée rapidement après le congrès de Brest, en juin 1964, à Vanves, autour de Jean-Pierre Le Roch, sous la forme d’une société coopérative à capital variable, statut adopté par la majorité des groupements d’achat constitués par des indépendants. La Scaf fonctionne grâce à des cotisations mensuelles fixées sur la base du chiffre d’affaires, les fonctions :

  • d’achats,
  • d’entrepôt,
  • d’éclatement,
  • et de publicité

sont facturées à chaque centre au prix de revient. Les centres qui  adhèrent à la Scaf sont automatiquement radiés du Galec, tandis que la Scaf, elle, en devient membre.

   

    Très rapidement, en 1965, dans d’autres régions, des adhérents vont faire de même :

  • la Société centrale d’approvisionnement Rhône-Durance (Scard), à l’initiative de Jean Leclerc (homonyme d’Édouard Leclerc, sans qu’aucun lien familial ne lie les deux hommes) 
  • la Société centrale d’approvisionnement de Loire-Atlantique (Scalo) à l’initiative d’Henri Breteché ;
  • la Société centrale d’approvisionnement de la vallée de la Garonne (SCAVAG) à l’initiative de Joseph Lobios (elle remplace la centrale de Michel Leclerc, à l’époque, en dépôt de bilan)

    Dans ces nouvelles centrales, les statuts et le fonctionnement sont calqués  sur ceux de la Scaf.
Seules la Scalo et la Scaf vont se développer. En devenant membre de l'une d'entre elles, les nouveaux commerçants E. Leclerc divisent par deux leurs frais d'installation. Aussi, leur dynamisme favorise l’expansion du Mouvement. Ces deux centrales sont celles qui recrutent le plus d’adhérents entre 1967 et 1969. Leur champ d’action dépasse largement le stricte cadre de la région comme découpage administratif : la Scaf, par exemple, en 1969, s’étend jusqu’au Nord de la France (aux centres de Hénin-Liétard, actuel Hénin-Beaumont, et de Lille notamment). En revanche, la Scavag et la Scard peinent à se développer et péricliteront rapidement, respectivement en 1966 et en 1970.

    Dans le Finistère, c’est seulement en 1968 qu’Édouard Leclerc abandonnera le système rétrocessionnaire de sa centrale pour un fonctionnement collectif afin de consacrer davantage de temps au développement du Mouvement. En changeant de statut, les Établissements E. Leclerc prendront le nom de Scarmor.

    Dans les régions où il n’y a pas assez de centres pour créer une centrale d'approvisionnement, l’ancien système demeure : les commerçants E. Leclerc les plus dynamiques, qui sont souvent aussi délégués régionaux, effectuent et stockent les achats pour les centres environnants : c'est le cas de J.C. Knaebel à Tarbes, ou de M. Montlaur à Mazamet.

 

 

« L'obligation de s'approvisionner en centrale » : une règle suivie ?

    Dès la création des centrales d’approvisionnement, les commerçants E. Leclerc ont obligation de s’approvisionner auprès de la centrale collective ou, le cas échéant, du centre rétrocessionnaire le plus proche. Si la règle est fixée, elle est loin d’être respectée par tous.

    Certains perpétuent des pratiques antérieures à leur adhésion au Mouvement : ils s’approvisionnent auprès de grossistes ou effectuent des achats groupés avec d’autres commerçants qui ne portent pas l'enseigne Leclerc.  Il s’agit souvent de membres de leur famille : c’est le cas, par exemple, des frères Cambou à Vayrac et Cahors.

    D’autres, au nom de leur indépendance économique, refusent de se laisser imposer leurs fournisseurs. Aussi, s’ils jugent les prix d’une centrale d’approvisionnement E. Leclerc trop élevés, ils n’hésitent pas à aller s’approvisionner ailleurs : c’est le cas de Bodard à Voiron qui dédaigne les services de la jeune Scard.

    La commission nationale - comité décisionnaire de l’Acdlec, chargée de l'attribution du panonceau, qui se réunit régulièrement entre 1966 et 1969 - intervient fréquemment pour faire disparaître ces dysfonctionnements. Elle fait progressivement de l’approvisionnement en centrale ou près du plus gros centre de la région une obligation pour les nouvelles recrues et ira même jusqu’à radier ceux qui ne respectent cette règle.

L'approvisionnement des magasins

L’émergence des centrales participatives (1964-1969)

La hausse de la consommation des ménages – constante tout au long des Trente Glorieuses – pousse les commerçants à agrandir les surfaces de leurs magasins et, simultanément, de leurs réserves. Souvent situés en centre-ville, les centres E. Leclerc ne disposent pas de surfaces suffisantes pour stocker leurs marchandises. Aussi, la création des centrales régionales est une réponse à l’agrandissement des surfaces de ventes. Elle s’explique aussi par la recherche de meilleurs tarifs, obtenus en groupant les achats, devenue indispensable dans un contexte plus concurrentiel.

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