Les débuts du Mouvement dans l'Est, de 1959 à 1975 (Partie 1)


 

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La Scapest fête cette année ses 41 ans

La centrale régionale a été créée en 1974, par une poignée d'adhérents initialement approvisionnés par la Scapnor :

-       Louis Bouché, qui a ouvert deux magasins dans l'Aisne, à Château-Thierry (1969) et à Villers-Cotterêts (1973),

-       Jean-Marie Prache qui a repris le magasin de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, initialement exploité par le couple Bordais (1971),

-       Gérard Bouché, fils de Louis, qui a ouvert un magasin à Ferté-sous-Jouarre, en Seine-et-Marne (1972),

-       Jean-Paul Pageau et Jean-Pierre Merle, qui ont ouvert un magasin à Romillly-sur-Seine, dans l'Aube (1973)

Le chemin parcouru entre 1975 et 2015 est vertigineux :

Entre 1975 et 1980, ce  ne sont pas moins de 25 magasins qui ouvrent leurs portes ; en 1986, avant qu'une partie des adhérents, devenus, trop nombreux, quittent la Sacpest pour fonder la Scapalsace, la centrale compte 46 adhérents et une soixantaine de magasins. La décennie qui suit est marquée par l'agrandissement des surfaces de vente. Le format-type devient l'hypermarché. Pendant ces 20 premières années, les entrepôts de la centrale n'ont cessé de s'étendre et de se multiplier, passant de 1000 m2 en 1975, à 51 000 m2 en 1995. Entre 1996 et 2005, c'est la révolution numérique et logistique, qui se traduit par une croissance importante des effectifs (de 150 employés en 1996 à 450 en 2001). En novembre 2015, la Scapest, c'est 150 000 m2 d'entrepôts automatisés, 39 adhérents, 42 hyper- et supermarchés et 304 995 m2 de surface de vente (79 magasins et 378 225 m2  si on inclut les points de vente spécialisés).

La création de la Scapest a donc marqué le début d'un développement sans précédent du Mouvement dans l'Est de la France. Pourtant, L. et G. Bouché, J.-M. Prache, J.-P. Pageau et J.-P. Merle n'étaient pas les premiers adhérents à s'implanter dans cette région, berceau et fief du succursalisme. Voici le portrait de quelques-uns de ces pionniers qui, jouant de malchance, de l'absence d'une centrale régionale d'approvisionnement ou qui simplement, n'ayant pas les qualités pour se développer, ne sont pas parvenus à implanter durablement le Mouvement dans l'Est

 

 

1959 : Longwy (Meurthe-et-Moselle)

 

A partir de 1958, Édouard Leclerc cherche à créer des foyers de diffusion en France. Il souhaite en effet reproduire dans d'autres régions ce qu'il a réussi à bâtir en Bretagne : un dense réseau de centres Leclerc.  Le développement des centres bretons a été largement facilité par la centrale d'achats créée par É. Leclerc à Landerneau. Aussi, É. Leclerc envisage des implantations dans des villes importantes, comme Paris ou Marseille, mais aussi dans des lieux jugés stratégiques. C'est le cas de Longwy, qui a la double particularité d'être située très à l'Est, près de la frontière luxembourgeoise et de se trouver au cœur d'une région ouvrière. La ville compte 21 929 habitants en 1962. Une implantation réussie à Longwy contribuerait à démontrer, s'il en était encore besoin, aux consommateurs comme aux pouvoirs publics, la capacité de la formule Leclerc (vente au détail à prix de gros) à faire baisser les prix localement.

 

 

Sensibles à la question du coût de la vie, de nombreux industriels ont soutenu les débuts du Mouvement Leclerc, voyant en lui un moyen de remédier à la spirale "hausse des prix, hausse des salaires". C'est le cas de l'Union minière qui va en partie financer l'implantation du centre de Longwy. L'adhérent à qui est confié le centre est choisi par É. Leclerc qui annote ainsi sa lettre de candidature "personne très intéressante, mais ne possédant pas de capitaux. Il nous a aidés convenablement à Grenoble. Véritable idéaliste". Le candidat, Maurice Thebault, ancien gérant d'une succursale d'alimentation générale paraît plutôt effondré quand il apprend que c'est dans le grand Est qu'il ouvrira un centre : "Certes, vous nous auriez dit : Lyon, Clermont, Bordeaux, Marseille, Nancy, nous n'aurions nullement été surpris, voyant très bien un centre dans l'une de ces villes, villes où nous aurions pensé pouvoir faire du bon travail et mieux s'en sortir (…). Mais vous nous avez dit Longwy, j'avoue que j'ai été un peu effaré, ma femme aussi". Il semble s'y résigner puisque le premier centre distributeur de l'Est ouvre ses portes le 19 décembre 1959. Le centre fait 60 m2, superficie moyenne des centres Leclerc en cette fin des années 1950. M. Thebault ne semble pas s'en sortir très bien : il commande mal, se retrouve avec des stocks trop importants, ne paie pas les fournisseurs…

 


 

 

L'arrivée d'André Collinet : reprise en main de Longwy, création de nouveaux centres Leclerc et expérimentation d'"autobus-magasins"

 

En juillet 1962, André Collinet va lui succéder. Ce dernier, breton d'origine (il est né à Morlaix), âgé alors de 26 ans, est depuis 1959 chef de rayon dans un Monoprix breton. Comme la reprise de Longwy est un peu difficile, A. Collinet est exonéré de sa cotisation Galec (1000 francs) pour les années 1962 et 1963. Il parvient à redresser la situation et ouvre un second centre de 40 m2 à Mont-Saint-Martin, commune limitrophe de Longwy. Puis en 1963 et 1964, il crée des "autobus-magasins" (un alimentaire et deux Textile) stationnés place du marché à Longwy.

En 1964, l'Acdlec est créée et A.Collinet est nommé délégué régional de la région Est. En tant que tel, il est chargé de recruter des adhérents dans la région.

 


 

 

Il commence par recruter Jeannine Bomboni (née en 1923), à Audun-le-Tiche, qui convertit son épicerie de 70 m2 en centre distributeur le 7 janvier 1965. C'est la première implantation du Mouvement en Moselle. A. Collinet va également créer un centre à Verdun (Meuse). En 1965, il recrute de nouveaux adhérents à Creutzwald et à Talange (en Moselle), ainsi qu'à Belfort. Le magasin de Creutzwald, ouvert par Marcel Gerval (né en 1928) s'étend sur 110 m2. Celui de Talange appartient à Boleslaw Kobylka (né en 1912) s'étend sur une superficie de 100 m2. Celui de Belfort appartient à Claude Garnier (né en 1935) et s'étend sur 230 m2. En 1964, le centre de Verdun est cédé à G. Soetens. Tous ces premiers magasins sont donc des superettes et fonctionnent en libre-service. Ils ont pour obligation de s'approvisionner exclusivement à Longwy, chez A. Collinet.

 

 

Des magasins trop petits ou mal gérés

 

Parmi ces premiers centres Leclerc, deux vont fermer moins d'un an après avoir ouvert. Le premier est celui d'Audun-le-Tiche où  A. Collinet ouvrira lui-même aussitôt un nouveau magasin.  B. Kobylka se verra, lui, retirer le panonceau car la marge qu'il prélève est supérieure aux 15 % autorisés par É. Leclerc et car il refuse de s'approvisionner exclusivement chez André Collinet.

L'adhérent de Belfort connaît, lui, très rapidement des problèmes de trésorerie. Édouard Leclerc va venir faire une visite au centre, accompagné de François-Paul Bordais (qui exploite le centre de Villiers-sur-Marne). L'effet publicitaire de ce passage va jouer un temps, mais le chiffre d'affaires demeure bien en deçà des 200 000 francs mensuels (soit 256 000 euros 2014) que doit alors réaliser un centre Leclerc pour être viable. En décembre 1968, il ouvre un second point de vente sans accord de l'Acdlec qui décide alors de le radier.



publicités du centre de Belfort (années 1960)

 

A partir de 1965, la Commission nationale (CN), organe stratégique de l'Acdlec, décide que les centres Leclerc doivent se transformer en "super-centres Leclerc", autrement dit, en supermarchés. Un supermarché est un point de vente alimentaire dont la surface est comprise entre 400 et 2500 m2.  La CN exige désormais des candidats une surface minimum de vente et exhorte les adhérents existants à agrandir leurs points de vente.  

G. Soetens prend rapidement les devants et agrandit de son chef son magasin pour le faire passer à 400 m2, au début de l'année 1967. Au moment de la scission en 1969, G. Soetens choisit de suivre J.-P. Le Roch et quitte le Mouvement.

En 1968, M. Gerval est sommé de s'agrandir par la Commission nationale. Aussi, il agrandit son point de vente qui atteint 500 m2 en novembre 1970. On ignore quand il est radié mais ne semble plus être adhérent au moment de la création de la Scapest.

En 1966, sous la pression de la Commission nationale, A. Collinet ferme ses centres de Mont-Saint-Martin et Longwy et cesse l'activité de ses autobus-magasins. Il conserve le centre d'Audun-le-Tiche et en ouvre un nouveau de 80 m2, à Longwy, donc légèrement plus étendu que le premier. Cette surface reste cependant très insuffisante au regard du tournant stratégique adopté par l'Acdlec. Aussi, en février 1970, A. Collinet ouvre un supermarché de 550 m2 à Metz et dans la foulée, il s'implante à Ars-sur-Moselle, sur 1500 m2, et enfin à Rambas sur 750 m2. Cependant, en 1974, il ferme les centres de Rombas, Audun et Metz, ne conservant que celui d'Ars. Le 8 octobre 1974, alors que la Scapest est en pleine création, A. Collinet rencontre L. Bouché, mais décide de vendre son centre d'Ars, le dernier qu'il possède et, du même coup, est radié en décembre de la même année.

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