Histoire de l'Acdlec : les fondements (1964-1969), partie 1


 

Histoire de l'Acdlec : les fon-1969_partie_1_- A la une E.Leclerc


 

L’ « Acdlec » pour Association des centres distributeurs E. Leclerc, est officiellement fondée le 21 juillet 1964, par Édouard Leclerc et Jean-Pierre Le Roch, l’artisan de la création du Galec et le propriétaire du premier centre distributeur de la région parisienne. 

 (Pour en savoir plus sur le contexte de la fondation, cliquez ici).

 

 

 

1.      Les statuts : mettre à l’écrit la philosophie du Mouvement

 

L’Acdlec est une association loi de 1901. Ses statuts originels, composés de 27 articles répartis en 3 titres, couchent à l'écrit une tradition orale caractéristique du Mouvement Leclerc depuis ses débuts landernéens.

 

Défendre les principes énoncés par É. Leclerc

L’objet de l’association, détaillé dans l’article 1 des statuts, est « d’assurer la réforme du commerce par l’extension de la Distribution selon les principes préconisés par É. Leclerc ». « L’Association favorise l’abaissement du coût de la distribution et permet au consommateur d’accéder à un plus grand nombre de biens de consommation. ». Ainsi, les statuts formalisent la philosophie consumériste du Mouvement, revendiquée depuis 1949.

 « L’association a le devoir impérieux de maintenir l’esprit d’équipe et l’entente loyale qui constituent la force morale des centres distributeurs E. Leclerc. » : Animer et motiver les adhérents fait également partie des missions de l’Acdlec.

 

Qui peut être membre de l’Acdlec ?

Contrairement au Galec qui est constitué de sociétés (historiquement, des sociétés en nom propre puis des SARL), l’Acdlec rassemble des personnes physiques. Comme certaines personnes possèdent plusieurs magasins - donc plusieurs sociétés-, il y a moins d’adhérents à l’Acdlec qu’au Galec. L’adhésion à l’Acdlec est d’emblée obligatoire pour tous les propriétaires de centres - ce qui n’est pas le cas initialement pour le Galec.

Pour être membre de l’association, « il faut être centre distributeur E. Leclerc et être présenté par un membre de l’Association » (article 6) : la cooptation est déjà le pivot du recrutement.  

 

Dos de la carte d'adhérent Acdlec (1964)

 

 

 

2.     Jeter les bases d’une organisation collective nationale

 

Non précisées dans les statuts, les modalités de l’organisation et de la gouvernance du Mouvement découlent du règlement intérieur mais aussi d’une nécessité pratique.

 

Les délégués régionaux : maillon central de l’organisation

Les délégués régionaux, dont l’existence est consacrée par le règlement intérieur de l’Acdlec, sont  nommés par le bureau. En 1964, ils sont 19 - 16 représentent des régions, 2 des centres Textile, 1 des centres Chaussures. Leur nombre passera à 10 en 1968. Leurs responsabilités sont étendues. Ils doivent prendre en charge le recrutement de nouveaux membres, veiller à l’application des directives nationales et effectuer un travail de contrôle sur les adhérents.

En 1966, le recrutement de nouveaux adhérents, pour lequel ils s’étaient montrés peu efficace, est repris par la commission nationale.

Certains délégués régionaux sont aussi présidents de centrales régionales d’achat. Cais ces dernières sont cependant encore rares encore rares. Aujourd’hui, les deux fonctions se superposent : les délégués régionaux sont aussi présidents des centrales régionales.

 

La commission nationale : délivrance du panonceau, gouvernance et contrôle

Le président de l’association est Édouard Leclerc. Il est le maître à bord : il contrôle la diffusion de ses principes et l’utilisation de son enseigne. Il peut confier ces responsabilités au secrétaire général, ce qu’il choisit de faire.

J.-P. Le Roch est le secrétaire général. Il est à l’origine de la création de la commission nationale, dont l’existence n’est pas mentionnée dans le règlement intérieur de l’association. Cette dernière, qui se compose des délégués régionaux, se réunit mensuellement sous la présidence d’É. Leclerc. Il s’agit alors de dynamiser le recrutement de nouveaux adhérents et de débarrasser le Mouvement de ses "mauvais" éléments. La commission nationale s’impose donc comme lieu de passage incontournable pour qui souhaite ouvrir, agrandir ou céder un centre Leclerc.  Elle est aussi l’organe de décision unique du Mouvement (elle statue pour le Galec). En ce sens, la création de l’Acdlec s'accompagne de la la tenue régulière de réunions nationales, et donc, coïncide avec le début d’une gouvernance collective.

Enfin, la commission nationale va chercher à mettre en place un contrôle des centres en centralisant leurs bilans et en harmonisant leur comptabilité des centres.

La commission nationale va donc jouer un rôle essentiel dans le développement du Mouvement.

 

 

Une structure légère

A la mi-1964, Etienne Drapeau, jeune étudiant en droit, est recruté comme assistant. Jusqu’à la fin de l’année 1965, il est le seul salarié du Mouvement. A cette date, l’Acdlec recrute une autre employée, en charge des tirages ronéo, du téléphone et de l'exécution les travaux de bureau, son temps de travail étant réparti entre l’Acdlec et le Galec. Le siège de l’association est situé à Vanves, où J.-P. Le Roch possède l’un de ses centres Leclerc.

La cotisation est initialement fixée à 200 NF par adhérent (soit environ 280 euros actuels), elle sera de 1000 NF en 1969.

 

 

 

3.     Un renouvellement des troupes orchestré par la commission nationale

 

La commission nationale a pour activité essentielle l’octroi ou le retrait du droit d’utiliser l’enseigne Leclerc. Il n’y a, semble-t-il, alors pas de contrat entre l’Acdlec et É. Leclerc, les contrats de panonceau étant in fine, toujours établis entre ce dernier et le postulant (voir un exemple de contrat). Mais en amont, c’est la commission nationale, et plus précisément J.-P. Le Roch et la petite équipe réunie autour de lui, qui examinent les dossiers des postulants. É. Leclerc se contente ensuite de valider les dossiers de candidature retenus.

 

 

Radiations

De la fin de l’année 1964 à la veille de la scission en août 1969, le nombre d’adhérents passe approximativement de 140 à 180 adhérents. Simultanément, entre ces deux dates, la commission nationale radie 115 adhérents. Double activité, approvisionnement auprès de grossistes, ouverture d’un autre point de vente sans accord préalable de l’Acdlec, activité de grossiste parallèlement à celle de détaillant Leclerc, refus de remettre son bilan ou de payer sa cotisation... constituent autant de motifs de radiation. É. Drapeau se souvient d’une «  commission-guillotine ».

 

Adhésions

La commission nationale va parallèlement recruter de nombreux membres. Dès 1966, elle affiche clairement son objectif : faire du Mouvement Leclerc un groupe de supermarchés. Pour y parvenir, elle doit cependant surmonter deux obstacles. Le premier réside dans la difficulté à trouver « des hommes valables ». Le financement des magasins constitue le second problème de la commission nationale. En effet, ouvrir un supermarché nécessite des investissements plus lourds qu’ouvrir une supérette. Dans ces conditions, quel mécanisme mettre en place pour permettre à des hommes jugés compétents, mais dépourvus de ressources financières, d’ouvrir un supermarché Leclerc ?

Sous l’influence d’un directeur commercial de la Bred et d’un expert-comptable, la commission nationale met en place un système de cautionnement de prêts à moyen terme via une Sicama, une société de caution mutuelle.  On est loin du parrainage qui se développera après la scission,  mais le souci de privilégier les candidats compétents, quelles que soient leurs possibilités financières, est déjà présent.

 

Les questions de la commission nationale aux postulants (Si vous ne parvenez pas à lire, cliquez ici)

 

Agrandissements

La commission nationale va également pousser les adhérents présents à agrandir leur surface de vente et radier ceux qu’elle considère comme immobilistes. Elle contrôle et valide les plans d’investissement préalables à une ouverture ou à un agrandissement et exige que tous les investissements compris entre 3 et 7 millions d’AF (entre 38 500 et 90 000 euros 2015) lui soient signalés et que ceux supérieurs à 7 millions d’AF ne puissent être engagés sans son son autorisation. Elle fixe aussi progressivement des objectifs en terme  de rentabilité des points de vente.

 

La commission nationale est l’acteur principal de la transformation du Mouvement en un groupement de supermarchés. Entre 1964 et 1969, soit en 6 ans, le nombre de supermarchés Leclerc passe de 18 à 135 (centres Leclerc et Ex-offices de distribution compris).

 

 

 

4.     Consolider une identité commune naissance

 

Raison sociale des sociétés

Dans les années 1960, pour éviter toute confusion, les adhérents se voient interdits d’utiliser dans la raison sociale de leur entreprise « centre distributeur », « centre de distribution » et « Leclerc ».

 

Les débuts d’une communication interne

« Distribution, revue d’information et de liaison  des centres Leclerc » paraît de 1964 à 1969. Parallèlement à ce journal interne, l'Acdlec émet aussi ponctuellement des circulaires, essentiellement administratives. Elle est, par ailleurs, organisatrice de congrès, occasion rare et privilégiée de réunir la communauté des adhérents : à Paris le 16 mai 1966, à Saint Jean-de-Mont les 12 et 13 mai 1968.

É. Leclerc, lui, rédige des circulaires à destination des adhérents comme des clients. Sur ces doubles pages, il jette ses réflexions sur la distribution, mais aussi sur l’économie, la société et la politique française.  

 

La naissance d’une communication commune (commerciale et institutionnelle)

Certaines décisions prises par la commission nationale vont renforcer l’identité commune des adhérents. Tout d’abord, l’Acdlec crée un logo unique, décliné en un panonceau agréé. Cette unité graphique renforce l’identité du Mouvement vis-à-vis du consommateur.

Par ailleurs, la commission nationale est à l’origine de la première publicité collective nationale, parue dans le Monde le 8 juillet 1967 et répercutée dans une trentaine de journaux et périodiques régionaux. Simultanément, la commission nationale cherche à encadrer les initiatives individuelles de façon à ce qu’elles ne portent pas préjudice aux valeurs et principes véhiculés par É. Leclerc. En témoigne notamment, l’extrait de cette lettre adressé par J.-P. Le Roch à un adhérent en 1966 : «  la publicité est une chose nécessaire pour tout centre et surtout lors de son démarrage. Cependant, mal employée, elle peut se retourner contre nous et devenir de la véritable anti-publicité Leclerc. La recherche d’une originalité à tout prix, comme le conformisme commercial sont à bannir aussi bien l’un que l’autre. Il s’est créé depuis 17 ans un certain style publicitaire, quelques slogans. Il est de loin préférable de s’y tenir. L’emploi de bons de réduction est notamment strictement interdit car en totale opposition avec toute notre politique de bas prix et l’action même d’Édouard Leclerc. Par ailleurs, les slogans purement commerciaux : « maison du bon accueil et du sourire » etc. sont bons pour les petits épiciers. La seule chose que recherche le consommateur d’un centre Leclerc a toujours été, et restera avant tout, le bas prix. C’est sur nos prix bas qu’il faut axer notre publicité. »

 

Extrait d'une lettre de radiation (1968)

 

 

Entre esprit familial, camaraderie et mysticisme

C’est É. Leclerc qui ouvre les réunions de la commission nationale et qui rédige les éditos de la revue « Distribution ». Sa parole, orale comme couchée à l’écrit, a souvent des accents de prêche. Par exemple, le 4 janvier 1967, É. Leclerc conclut le discours inaugural de la commission nationale « en souhaitant à chacun un grand courage et aussi une grande franchise par rapport à soi-même : dans la vie, nous ne devons jamais oublier, nous les centres Leclerc, qu’il n’y a de vrai que ce que nous sommes et non ce que nous paraissons. » Son influence et son aura sont tangibles dans les comptes rendus des réunions de la commission nationale. De plus, É. Leclerc fait régulièrement appel à des adhérents pour qu’ils l’aident à perturber des manifestations particulières, comme des procès par exemple. Le « plan Arlec » pour Plan Rapide d’Action Leclerc est alors déclenché. Il s’agit d’une sorte de « téléphone arabe » qui permet de prévenir un maximum d’adhérents en un minimum de temps et d’organiser la venue de ces adhérents, parfois en moins de 24 heures. Ces petits rassemblements informels contribuent à renforcer un esprit de camaraderie entre les adhérents et à conforter l’autorité du chef.

 Au-delà du charisme du chef, qui reste l’un des éléments structurants de l’identité du Mouvement, la conscience de se distinguer d’un commerce traditionnel et de participer à une aventure inédite, à un projet sociétal qui dépasse la simple recherche de profit est extrêmement perceptible dans les années 1960. Dans les lettres est les comptes rendus, on parle fréquemment de « l’Expérience ». À propos d’untel, par exemple : « la commission est amenée à reconsidérer sa position au sein de l’Expérience » ; ailleurs, on évoque « l’expansion actuelle de l’Expérience ».

Lire aussi :

Histoire de l’Acdlec : accompagner l’expansion (1970-1990), partie 2

- Histoire de l'Acdlec : consolider un réseau stabilisé (des années 1990 à nos jours), partie 3

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